Pépé Bipoli

Interview Pépé Bipoli : « Papa Wemba avait un charisme hors du commun »

Il y a un an mourrait Papa Wemba, de son vrai nom Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba. Ses nombreux fans et les gens qui l’ont côtoyé ne sont pas prêts à oublier le « vieux Bokoul », à l’instar du chanteur De Guimaraes, alias Pépé Bipoli, qui a évolué à ses côtés au sein du groupe musical Viva La Musica. Très marqué par cette disparition, il a accepté de répondre à nos questions pour évoquer la mémoire de ce géant de la musique congolaise.

Pépé Bipoli
Pépé Bipoli

Le Potentiel : Voilà déjà un an que Papa Wemba, patron du groupe musical Viva La Musica au sein duquel vous avez évolué, nous a quittés. Que ressentez-vous face à cette disparition ?

Pépé Bipoli : Jamais je ne me remettrai de cette disparition. C’est une grosse perte, pour moi. Papa Wemba a bercé ma jeunesse. Et c’est grâce à lui que je suis arrivé en Europe. Quand j’ai appris son décès, je n’ai pas hésité à me rendre sur place, à Kinshasa, en compagnie de mes enfants, pour lui rendre hommage. Je l’aimais beaucoup. Pendant un an, j’ai observé le deuil en sa mémoire. Je m’étais abstenu à ne rien dire sur lui. Je n’ai accordé aucune interview. Le Potentiel est le premier organe de presse à obtenir cette faveur de ma part, maintenant que j’ai levé mon deuil.

Papa Wemba restera dans les annales de l’histoire de la musique congolaise celui qui a su transcender les générations entières et s’adapter à son époque. Quel est votre commentaire ?

Pépé Bipoli : Vous l’avez dit et c’est vrai ! Papa Wemba n’était pas n’importe quel artiste. Je l’ai toujours dit, même de son vivant. Il avait un charisme hors du commun. Il était admiré, respecté partout dans le monde. Il est dommage qu’un grand nombre de Congolais aient découvert sa vraie valeur artistique seulement après sa mort. Il était mystérieux, donc unique. Y aurait-il encore un autre Papa Wemba dans les mois ou années à venir ? J’en doute !

A vous entendre, Papa Wemba n’avait pas d’égal dans la chanson…

Pépé Bipoli : Il n’avait pas son pareil en tant que chanteur et interprète. Aujourd’hui, aucun chanteur congolais ne peut se prévaloir de la trempe de Papa Wemba. Il faut que cela se sache.

Il existe quand même de très bons chanteurs en RDC…

Pépé Bipoli : Oui, bien sûr, sauf qu’ils n’ont pas le niveau artistique de Papa Wemba. Si je peux citer le nom d’un autre chanteur qui me donne la chair de poule quand j’écoute ses œuvres, c’est Evoloko. Il a un sérieux talent comme chanteur et auteur-compositeur. Nos jeunes ont du talent, certes, mais ils doivent assimiler une certaine dose de savoir-faire. La musique est un métier !

Le public a-t-il été juste envers Papa Wemba qu’il accusait de participer à la dépravation des mœurs de la jeunesse congolaise ?

Pépé Bipoli : On ne jette des pierres qu’à l’arbre qui porte des fruits. Si les jeunes l’imitaient et voulaient lui ressembler dans sa façon de penser, de se comporter, voire de se vêtir, c’est parce qu’il était leur idole. Nous avons tous en nous quelque chose de Papa Wemba, les artistes musiciens les premiers. Ce phénomène se retrouve aussi ailleurs ; mais en RDC, me semble-t-il, cela est plus grave et lourd de conséquences. Cette accusation était souvent proférée par ses détracteurs, jaloux de son succès. Pour moi, Papa Wemba était un demi-dieu. Et je l’ai toujours considéré comme tel.

Papa Wemba vous manque-t-il ?

Pépé Bipoli : Oui, parce que je l’ai bien connu. C’était un homme au grand cœur. Il savait donner, pardonner, se rabaisser… Papa Wemba me manquera jusqu’à la fin de ma vie.

La mort vous fait-elle peur ?

Pépé Bipoli : Avant, oui. Mais depuis le décès de King Kester Emeneya, je porte un autre regard sur ce phénomène. Kester était un grand ami à moi. Nous avons partagé beaucoup de choses ensemble. Sa mort m’a beaucoup affectée. C’est à cette époque que ma maladie s’est aggravée. Un jour, mon tour viendra. Je n’ai absolument plus peur de la mort. Ça viendra quand ça viendra. Mon seul regret sera peut-être de ne pas avoir réalisé tous mes rêves, notamment celui de créer un grand centre d’accueil ou un orphelinat pour héberger des enfants nécessiteux. C’est pourquoi je demande au bon Dieu de m’accorder la grâce de concrétiser ce beau rêve qui me tient tant à cœur. Et je partirai en paix.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

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