Dekula, ou le roi de la guitare congolaise en Scandinavie

Dekula ou le Roi de la guitare congolaise en Scandinavie

(Première partie)

Voilà un titre qui devrait faire lever plus d’un sourcil ! Et à mon avis, une manière aussi de faire revivre à l’éventuel lecteur le déclic qui m’a poussé à écrire cet article.
Je me trouve à Dar es Salaam, la capitale de la Tanzanie, bien loin de l’Europe du Nord où je réside habituellement. Ce jour-là, en vacances en Afrique pour la première fois depuis plus de 3 décennies de vie en Europe, je m’ennuyais ferme dans ma chambre d’hôtel. Aussi avais-je accepté de grand coeur l’invitation de mon ami tanzanien qui me proposait d’aller vider un verre dans un bar avec à l’affiche de la musique « life ».

A notre arrivée, le bar situé à Kindononi, un quartier très populaire de Dar es Salaam était déjà bondé de monde. Y régnait dans un brouhaha des cris et des rires cette atmosphère à la bonne franquette si caractéristique des débits de boisson à l’air libre en Afrique.
Tout en sirotant nos bières que mon ami avait commandées à l’un des serveurs du bar d’un simple signe de la main, je me sentais un peu perdu dans cette foule où, me semblait-il, l’on ne parlait que le swahili émaillé de quelques mots anglais. L’ennui, c’est que les seuls mots que je connaisse de cette belle langue qu’est le swahili se réduisaient à « Akuna matata » !

– Uncle, me dit mon ami (Uncle (anglais) =oncle, c’est ainsi que les Tanzaniens s’interpellent entre amis), j’ai vu ta mine étonnée quand j’ai commandé les bières et que le serveur nous a immédiatement trouvé une table alors qu’apparemment toutes sont prises…c’est que le propriétaire du bar est mon cousin.
Il avait à peine terminé sa phrase que j’entendis les accords d’une guitare électrique et comme par magie apparut un orchestre qu’un rideau avait jusque là caché à mes regards curieux. Quelques instants plus tard, les danseurs se précipitaient sur la piste et se déhanchaient au rythme d’un « ndombolo » endiablé.

J’ai beau avoir des objections sur la gestuelle de cette danse que je trouve un peu trop osée, je n’en apprécie pas moins la musique d’accompagnement.
Et c’est là que j’ai compris ma surprise : celle d’entendre un « ndombolo » exécuté si parfaitement par un orchestre tanzanien ! Tout de suite, j’en fis part à mon ami.

– Uncle, fis-je, c’est incroyable, on croirait entendre un des plus grands orchestres congolais, à la différence près que les chansons sont en swahili
– Ah, me répondit-il, tu aurais dû venir il y a quelques années, car c’est effectivement un Congolais qui était le soliste. C’est sa réputation qui explique que les gens continuent d’affluer dès qu’ils entendent que cet orchestre donne un concert
– Il ne joue plus, le guitariste congolais ?
– Mais si, me dit mon ami qui dansait de la tête comme comme la plupart des clients qui n’avaient pas trouvé place sur la piste de danse. Si, il joue, continua-t-il, seulement voilà, comme tout ce qui est bien en Afrique, le muzungu (le blanc) se l’accapare. Son nom d’artiste est Sultan Qaboos et aux dernières nouvelles, il vivrait en Suède !

Quelques jours plus tard, dans l’avion qui me ramenait en Europe, les souvenirs de la soirée passée dans ce bar avec mon ami me sont revenus. Ce soir-là, plusieurs autres Tanzaniens s’étaient d’ailleurs joints à notre table et s’étonnaient de mon ignorance.
– Uncle, tu vis en Suède et tu ne connais pas le Sultan Qaboos ?
Je n’ai compris leur réaction que bien plus tard quand j’eus interrogé des amis passionnés de musique congolaise. Cependant, dans l’avion, une pensée après une autre, je me suis demandé pourquoi je n’avais jamais entendu parler de  ce musicien, qui jouissait d’une si grande notoriété, non seulement en Tanzanie mais aussi dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Est, notamment au Kenya et en Ouganda et même, apprendrais-je plus tard au Sénégal, au Nigéria et dans le Sultanat d’Oman….

Le premier Africain à Stockholm à qui je posai la question a d’abord marqué un temps d’arrêt :
– Qui ? Sultan Qaboos ? Connais pas, mais il y a un guitariste congolais dont tout le monde parle ici, mais lui s’appelle Dekula.
Deux ou trois semaines plus tard, posant toujours la même question à des Africains au hasard de mes rencontres et en faisant des recoupements, j’ai  finalement compris que Sultan Qaboos et Dekula ne faisaient qu’une seule et même personne, alias de son vrai nom Alain Dekula Vumbi Kahanga !
ll ne me restait plus qu’à dénicher cette célébrité méconnue !

L’occasion m’en fut fournie quelque temps plus tard. Un ami m’apprit que des musiciens suédois organisaient un concert spécial pour récolter des fonds au bénéfice des parents d’un percussionniste d’origine gambienne, mort dans des conditions dramatiques. Le défunt était très connu, ayant accompagné le célèbre chanteur noir américain Al Jareau ou encore le non moins  célèbre groupe suédois Abba : Alain Vumbi allait se produire.
Le jour venu, mon ticket d’entrée tamponné, j’entrai dans une grande sale, pleine à craquer mais réussis en me contorsionnant à m’approcher le plus près possible de l’orchestre.

Alain Vumbi était bien là. On me le désigna. Debout il tenait nonchalamment sa guitare électrique, le visage paisible tandis que ses doigts sur le manche se déplaçaient à une vitesse incroyable. Le morceau joué était une salsa et l’on voyait les danseurs à la mine épanouie s’éclater sur la piste de danse. Pendant les 4 à 5  heures qu’a duré ce concert, interrompu par des pauses, Alain va charmer le public par sa guitare, jouant indifféremment mais avec bonheur, du rock au ndombolo en passant par le zouk ou les balades.

Après les applaudissements du dernier morceau, je me faufilai derrière lui jusque dans sa loge et entrepris de me présenter sans autre forme de procès. A ma grande surprise, Alain me répondit qu’il me connaissait de nom. La glace était brisée et j’obtins  sur le champ la promesse d’une interview.

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Dekula au festival de Tampere (Finlande), Août 2013

Dekula ou le Roi de la guitare congolaise en Scandinavie (2:2)

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