Bongo WENDE : « Je continue à jouer à la guitare qui est ma véritable passion »

Bongo Wende

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Jacques Bongo Wende, dit Bojack, le guitariste congolais qui a évolué aux côtés de Lita Bembo (Stukas Boys) et Papa Wemba (Viva La Musica), ne fait plus parler de lui depuis belle lurette. Son silence, qui perdure, étonne ses admirateurs. Pourtant, l’artiste est bel et bien là et n’a pas arrêté avec la musique. Il s’est confié à Robert Kongo, notre correspondant en France. 

Qu’êtes-vous devenu?

Je suis toujours là. Je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne, le même artiste que les gens connaissent. Certes, j’ai un peu arrêté avec la musique, car mon travail dans l’aéronautique me prend beaucoup de temps. Je travaille aussi bien à Tarbes, où j’habite, et dans d’autres villes de France et je bouge beaucoup.

Pourquoi avez-vous gardé ce long silence?

Je me suis donné un temps de réflexion. Continuer à faire de la musique, comme je l’ai fait par le passé, n’était plus possible. La musique congolaise nourrit difficilement son homme. Il fallait que je m’oriente vers autre chose pour assurer ma vie et celle de ma famille. Ce que j’ai fait. De plus, ce n’est plus cette musique congolaise que j’ai connu. Je suis dégoûté du phénomène dit la polémique qui a pris corps dans la musique congolaise et qui crée un climat malsain entre les artistes musiciens. A notre époque, c’est l’émulation qui régnait en maître. Nous entretenions des rivalités qui nous poussaient à nous égaler ou à surpasser l’autre. Nous ne nous invectivions pas, comme c’est le cas aujourd’hui. Ce comportement m’a aussi refroidi.

Vous avez donc arrêté avec la musique?

Non, je suis un artiste musicien et j’entends le rester toute ma vie. J’ai la musique dans la peau. Je continue à jouer à la guitare qui est ma véritable passion.

A quel âge avez-vous débuté à la guitare?

Je joue de la guitare depuis l’âge de 8 ans. Mais faire de la musique n’était pas, pour moi, une mince affaire au vu de la sacro-sainte éducation reçue à la maison. Mes parents considéraient la musique comme un métier réservé aux voyous. Ma mère, surtout, ne voulait même pas en entendre parler. Elle voulait que ses enfants fassent de bonnes études. Quand je suis passé pour la première fois à la télévision, avec l’orchestre Stukas Boys, elle avait très mal réagi. Non seulement elle ne voulait pas me voir faire ce métier, mais elle a aussi détesté la tenue que j’ai porté ce soir là. Tout le monde, à la maison, a été ravi de ma prestation, sauf elle. Au final, le destin en a décidé autrement: je suis devenu artiste musicien. Elle s’est enfin rendue à l’évidence.

Quel est le guitariste qui a influencé votre façon de jouer à la guitare ?

C’est le guitariste américain, Jimmy Hendrix.

Vous avez joué dans plusieurs ensembles musicaux congolais, dont Stukas Boys de Lita Bembo et Viva La Musica de Papa Wemba. Quels souvenirs gardez-vous des leaders de ces deux groupes? 

De Lita Bembo, je garde le souvenir d’un meneur d’hommes et d’un bosseur qui m’a fait beaucoup travailler. Et c’est grâce à Papa Wemba que j’ai commencé à prendre conscience de mon statut de musicien professionnel. Ces deux phénomènes de notre musique m’ont énormément appris.

Un mot sur la mort de Papa Wemba ?

Je manque de mots (un silence). Papa Wemba était un grand frère du quartier qui a fait de moi un guitariste exceptionnel. Dans Viva La Musica, il m’a permis d’étaler mon talent. Grâce à lui, mon nom restera à jamais gravé dans les annales de la musique congolaise. Il m’a appelé «Le dernier fils né du village Molokaï». «Bokoul» avait un projet auquel il a souhaité m’associer : faire un album de compilation des meilleures chansons de Viva La Musica depuis sa création en 1977, en commençant par «Ebale Mbonge», la première chanson de ce groupe musical. J’attendais prendre ma retraite, comme convenu, pour que nous entamions ce projet. Hélas! Oui, Papa Wemba me manque (un silence). Notre musique a perdu un géant. Le souci qui l’habitait, parce qu’il m’en parlait, c’était de continuer à travailler pour faire avancer notre musique. Une fois de plus, hélas, il ne pourra plus jamais le faire.

Quel regard portez-vous sur la musique congolaise d’aujourd’hui?

Notre musique est devenue monotone. Quand j’écoute les chansons congolaises, j’ai du mal à distinguer ces différents groupes musicaux. Ils chantent et jouent tous de la même manière. Si on ajoute l’obscénité, les dédicaces et la polémique, c’est la catastrophe. Et pourtant, nous avons des artiste de talent dans ce pays. Quel gâchis!

Vous avez fait également du théâtre…

Oui (rire), dans le groupe “Les Sacrifiés” que dirigeait mon frère Jean-Pierre Bongo Ntuali. C’était magnifique. Je voulais aussi faire du cinéma. Mais la musique a pris le dessus sur tout.

Quel est votre projet pour l’avenir? 

Quand je serai à la retraite, j’ai envie de reprendre la musique comme avant.

Qu’aimeriez-vous dire à vos admirateurs ?

Je sais qu’ils sont nombreux à aimer ma façon de jouer à la guitare. Bientôt, ils vont réécouter le son de cette guitare qu’ils ont tant aimé. Je les remercie tous du fond du cœur.

 

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

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