Interview BIPOLI NA FULU : « Dieu m’aidera à sortir de cet enfer de la maladie dont je souffre »

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Le chanteur congolais Pépé De Guimaraes, alias Bipoli na fulu, l’un des premiers chanteurs de l’orchestre Viva La Musica de Papa Wemba, est malade. Loin d’être abattu, il est plutôt optimiste quant à l’évolution de son état de santé. Il s’est confié sur sa maladie et sa carrière à Robert Kongo, notre correspondant en France.

Comment vous portez-vous ?

Ça va. Mais je ressens encore quelques douleurs. Je dirai plutôt que je vais de mieux en mieux. Grâce à Dieu, le maître des temps et des circonstances.

De quel mal souffrez-vous exactement ?

Je n’ai rien à cacher. Je suis malade depuis maintenant 9 mois. Je souffre d’un cancer de l’estomac. Mais il n’est pas à un stade avancé, comme l’a laissé entendre une grande chaine de télévision RD congolaise. Aucun autre organe n’est touché, il n y a pas de métastases. Je fais des séances de chimiothérapie. Certes, c’est dur, fatiguant, épuisant. Mais je me bats. Dieu m’aidera à sortir de cet enfer.

Que disent les médecins ?

Au début, mon médecin traitant était très pessimiste. Depuis que j’ai passé les derniers examens, qui ont montré un léger mieux, il commence à changer d’avis et me tient un langage empreint d’optimisme et de confiance. C’est déjà un bon signe. C’est le miracle de Dieu.

Bénéficiez-vous d’un soutien financier pour vous aider à payer vos ordonnances médicales ?

Je suis socialement couvert. Je bénéficie d’une CMU (Couverture maladie universelle. NDLR) De ce côté-là, je suis bien organisé. Il n y a aucun souci. Je profite de cette occasion pour remercier le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, qui m’a fait parvenir un petit quelque chose pour subvenir à mes besoins. Il l’a fait à titre personnel, comme il le fait souvent à ses amis et connaissances. A part cela, je n’ai reçu l’aide de personne.

Vous citez André Kimbuta. Peut-être que d’autres autorités du pays ne sont pas au courant de votre état de santé…

Même si elles ont été tenues informées, pensez-vous vraiment qu’elles auraient agi ? Vous savez, en RDC, le clanisme a pris le dessus sur les considérations humaines. Je ne rêve pas. A preuve, elles ne cherchent même pas à avoir de mes nouvelles. Je suis un artiste qui ne fait pas partie de leur écurie. Pour elles, Bipoli na fulu n’a jamais existé.

Vos collègues artistes musiciens résidant à l’étranger, notamment en France, prennent-ils de vos nouvelles ?

A part le lokoliste Iko et le Commandant Dona Mobeti Sabuela, je ne vois personne. Ces deux artistes m’appellent régulièrement et passent me voir à mon domicile. Les autres le font rarement pour ne pas dire jamais. Voire, les musiciens de l’orchestre Victoria Eleison, dont je suis le fondateur, et qui sont ici, à Paris, ne réagissent pas. S’ils me téléphonent, c’est pour me fixer des faux rendez-vous. Certainement, ils attendent que ma mort soit annoncée pour se manifester. C’est triste.

Et ceux qui sont au pays?

Reddy Amisi me téléphone souvent. Il séjourne actuellement à Paris. Sans doute, il passera me rendre visite.

Comment réagit Papa Wemba, votre ancien patron ?

Avec amour. Bokul cherche toujours à avoir de mes nouvelles. Il a même dépêché son épouse, la « Maîtresse d’école », qui est venue me rendre visite, ici, à mon domicile. C’est un beau geste que je salue.

Etes-vous confiant dans l’évolution de votre état de santé ?

Je suis confiant, car je crois en Dieu. Je prie beaucoup et un grand nombre de frères et sœurs assez croyants prient aussi pour moi . Je leur dis merci.

Vous êtes l’une des figures emblématiques de la musique congolaise des années 1970-80. Qu’est-ce que la musique vous a apporté ?

Rien. La personne qui a brisé ma carrière, par ses agissements malsains, c’est Kiamuangana Mateta Verckys, président des éditions Vévé. C’était en 1982, lorsque j’ai créé l’orchestre Victoria Eleison. Non content de mon leadership, il m’a terriblement combattu. J’étais même dégouté du monde de la musique. C’est lui qui est à l’origine de ma séparation avec mon ami et frère King Kester Emeneya. J’en garde un très mauvais souvenir. Suite à cela, Papa Wemba, un homme bien, me récupère, et en 1985 me paie un voyage pour l’Europe. J’y suis resté. Cela fait donc 29 ans que je vis en France.

La musique est-elle un don pour le chanteur que vous êtes ?

Je suis né chanteur. C’est un don de Dieu. La chanson coule dans mes veines. Je ne peux m’en passer. Si vous posez la question à n’importe quel chanteur, il vous donnera la même réponse.

Quelle est la chanson qui vous a révélé au public RD congolais ?

C’est Zengo Luzizila, ma première chanson jouée dans Viva La Musica (Il se met à la chanter).

Et quelles sont les chansons qui vous ont marqué durant toute votre carrière ?

Presque toutes mes chansons m’ont marqué. A l’instar de Zengo Luzizila (Viva la Musica), il y a Amisi Clara (chantée avec Dindo Yogo et King Kester Emeneya/Viva la Musica), Kapangala (Viva la Musica), Bosey 1er (Victoria Eleison) et bien d’autres.

Qui est-ce qui caractérisait Bipoli na fulu sur la scène ?

Des chutes que je faisais en dansant. En tout cas, si je n’ai pas exécuté ce geste lors d’un concert, j’étais malade. Et le public aimait bien.

Durant toute votre carrière, qu’est-ce que vous avez souhaité avoir et que vous n’avez pas eu ?

J’ai souhaité créer une Fondation Bipoli na fulu et une grande boulangerie à N’djili, dans le quartier 7, où les mamans pouvaient venir s’approvisionner, gratuitement, de bons pains pour leurs enfants. Mais je n’ai pas abandonné ces projets, car ce sont mes rêves de toujours. Si Dieu le veut, je les concrétiserai.

Un dernier mot ?

Je suis fatigué d’entendre les gens évoquer ma mort tous les quatre matins. C’est vraiment très démoralisant. S’il vous pait, les amis, ne m’enterrez pas très vite. Je suis veuf et père de famille. J’ai trois enfants à élever. Ayez pitié et arrêtez de spéculer sur ma mort. C’est notre destin à tous. Tout le monde y passera. A chacun son heure. Chers amis, sachez que je n’ai pas peur de la mort. Ce qui me fait de la peine, c’est de laisser seuls mes enfants qui sont trop jeunes et ont encore besoin de leur père. Mais si la mort venait pour me prendre, je partirai dans la dignité. Car, j’ai mené ma vie dans la droiture. Et je veux être enterré comme j’ai vécu. Dans la simplicité.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France.

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