La Rumba congolaise, un concept riche mais méconnu

Mis à part les esclaves noirs, le tout premier produit d’exportation des pays connus aujourd’hui sous les appellations d’Angola, de Congo-Brazzaville et surtout de république démocratique du Congo ne fut ni l’ivoire, ni la sève séchée d’hévéa, ni le cuivre, ni l’or, le diamant, le cobalt, l’uranium, le pétrole, le niobium, le coltan ; ni l’huile de palme, ni le sisal ou le coton. Du reste, à proprement parler, ce ne fut pas un produit, ni même un service, mais un art, le plus divin de tous à savoir, la musique ; une musique à la fois rythme et danse appelée « la rumba ». 

Résultat de la corruption du terme « nkoumba » qui, à l’origine, fut une danse et un rythme paysans du royaume Kongo et qui ressemblait quelque peu à la bourrée exécutée jadis durant les soirées d’été dans les milieux ruraux européens, la rumba garde encore tous ses mystères jusqu’à ce jour. Peu de personnes savent, ni même devinent la dette de reconnaissance, jusqu’à présent jamais éteinte, que des générations de Négro-africains lui doivent. 

De toutes les productions humaines, qu’elles soient matérielles, intellectuelles ou artistiques, la musique demeure la seule qui défie l’éternité à l’échelle de l’existence humaine. Dans mille ans, des oreilles écouteront encore les symphonies de Beethoven, de Hayden, de Jean Sébastien Bach ou de Gustav Mahler et des mélomanes seront emportés par la même vague d’émotion, ils tomberont, à l’instar de l’humanité depuis le 18e siècle jusqu’à ce début du 21e, sous le charme des mêmes sentiments suscités par les musique de ces grands compositeurs. 

Transportée depuis le 16e siècle sur les lèvres des captifs noirs entassés au fonds des cales des bateaux négriers, la rumba, sa musique et son rythme ont survécu jusqu’à ce début du 21e siècle. Dans un monde marqué par l’impermanence, un tel héritage et une telle longévité méritaient bien qu’on lui consacrât un site Internet. Univers Rumba Congolaise a été conçu et a vu le jour pour répondre à ce voeu et en même temps, réparer un oubli et corriger une injustice et éclairer des pans entiers de l’histoire demeurés dans l’ombre ou couverts par le mensonge, l’ignorance ou l’affabulation. 

Il semble que la musique adoucit les moeurs. Dans le cas de la rumba, elle permit aux esclaves de survivre. Pour eux, cette musique devint un élixir de vie, un baume adoucissant, un onguent posé sur la plaie douloureuse de l’esclavage; un breuvage pour oublier et, en même temps, rendre plus supportables leurs rigueurs de leurs conditions d’hommes privés de toute liberté, arrachés de leurs villages pour un voyage d’où ils ne reviendraient jamais. 

De leur vie passée, ils avaient tout perdu : leur conscience, leurs noms, leurs identités originelles. Il ne leur resta que la musique, seul lien qui les rattachait encore à un monde de paix, cultivant le bonheur et les valeurs de la fraternité. Désormais, ils étaient confrontés à un mode d’existence, à des régimes alimentaires, à une langue, à un climat, à des façons de s’habiller totalement inconnus jusqu’alors. Adieu les nuits noires d’Afrique centrale à la couleur d’encre, fini le ciel si bleu qu’il brûle les yeux, ainsi que les nuits étoilées, les clairs de lune magnétiques, et les pluies tièdes si caractéristiques des orages sous les tropiques. 

La rumba est consommée sans modération aussi bien par ceux qui échappèrent à la traite négrière que par tous ceux, victimes de la cupidité humaine, qui connurent le malheur d’être capturés et vendus comme esclaves outre Atlantique. Elle est dansée et chantée dans les tripots de Kinshasa, dans les rues de la Havane à Cuba, au fond des quartiers mal famés du Rio de Janeiro, de Salvador de Bahia ou de Valparaiso. 

D’après Marcellin Tshitenje Nzembele1, un érudit congolais trop tôt disparu, le terme musique qu’on trouve tel quel dans la quasi-totalité des langues parlées sur la planète vient de « mu(ntu) kuzika », plus exactement de « mu-muzik », la forme syncopée de ce terme qui signifie dans les idiomes bantous « homme brûlé » (sous-entendu par le soleil) et donc homme noir. Dans le parler des Bantous, le verbe « kuzika » se traduit, en effet, par brûler, cramer, carboniser, incinérer. La musique fut l’art de prédilection pratiqué depuis l’aube de l’humanité par la race noire, la première à être apparue sur cette planète et à qui, de fait, fut concédé les premiers talents musicaux désormais inscrits dans leurs gènes et imprimés dans le code génétique. 

Par la suite, la rumba donna naissance à toutes les formes musicales ultérieures apparues parmi les descendants d’esclaves dans le Nouveau monde, en Amérique latine, dans les Antilles et les Caraïbes et sur les îles de l’océan Pacifique. Dans le même temps, elle accoucha des danses et des différents rythmes apparus parmi ces populations importées du continent noir; que ce soit le jazz, le gospel ou le blues. C’est la grand-mère de toutes les expressions musicales noires. 

Sur place en Afrique centrale, particulièrement en république démocratique du Congo, elle se déclina en d’innombrables formes de danses, aux noms pittoresques, selon la fantaisie ou l’inspiration de leurs inventeurs : soukouss, kiri-kiri, kita-mata,…., lopélé et jusqu’au ndombolo d’aujourd’hui.

Le rôle, et en particulier les bienfaits de la rumba, hier et aujourd’hui, à la fois comme musée sonore pour la mémoire, consolateur pour les âmes en peine et les coeurs brisés, repère dans le temps et l’espace, catalyseur d’émotion et condensateur des moments d’intimité pour les couples sont souvent méconnus par celles et ceux qui évoluent dans l’univers tiède, capiteux, suggestif, uniquement parfumé de musc corporel que dégage cette danse. 

Certaines races de notre humanité ont écrit leur histoire en lettres de sang, à la pointe de l’épée ou à coups de canons. C’est ainsi qu’elles s’imposèrent sur les autres, acquérant en même temps puissance et renommée. D’autres doivent à l’argent et à l’or d’avoir réussi à assujetti des populations et des pays entiers, les dominant ainsi pendant des siècles. 

Quant aux Noirs, ils ont non seulement réussi à subsister grâce à la musique et, en particulier, à la rumba ; mais ils parvinrent aussi à réaliser la conquête du sous-continent latino-américain, des pays d’Amérique centrale ainsi que des îles des Caraïbes et des Antilles et de l’océan Pacifique. De nombreuses danses inventées et pratiquées dans ces contrées lointaines doivent beaucoup à la rumba, rythme et expression corporelle nés il y a plus de 500 ans quelque part en Afrique centrale, dans un royaume dénommé Kongo, aujourd’hui disparu mais dont il subsiste toujours des héritiers et des descendants. 

Tous les pays où furent vendus les esclaves noirs en provenance du royaume Kongo profondément marqués par la culture chrétienne catholique. Il en fut de même de leur patrie d’origine. Les prêtres catholiques y faisaient régner une morale de fer, frappant d’anathème tout écart de conduite et toute pratique déviante considérée comme païenne, immorale ou obscène selon le code qu’ils avaient fixé de manière discrétionnaire. Il n’est donc pas étonnant qu’eux-mêmes et leur danse aient reçu le même traitement sur les deux rives de l’océan Atlantique. C’est ainsi que, sous prétexte d’obscénité, la danse rumba fut promptement interdite et sa pratique proscrite. Mais elle continue de subsister clandestinement, changeant chaque fois d’expression avant d’apparaître brusquement là où elle n’était pas attendue. 

Il existe réellement une fraternité ou, plus exactement, une humanité de la rumba, dont les membres, éparpillés au-delà des continents, des mers et des océans qui néanmoins sont restés à travers l’histoire, dans l’espace et le temps, indissolublement enchaînes les uns aux autres par les liens invisibles, quoique bien réels, de cette étrange danse qui soude les corps et les esprits. 

1 Tshitenje Nzembele Marcellin, érudit, chercheur indépendant congolais, de l’ethnie des Songué, district de Kabinda au Kasai oriental et un des premiers ambassadeurs du Mobutu qui en fut aussi l’interprète.

Hassan Paulka Lengo
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