Danos Canta Nyboma : « Madilu System et Pépé Kallé me manquent énormément »

A l’occasion du cinquième anniversaire de la mort du chanteur Madilu System


A l’initiative de Maître Vincent Gomez et Godard Motemona, ministre provincial de la ville de Kinshasa, une cérémonie d’hommage à été organisée le samedi 11 août dernier à Kinshasa en l’honneur du chanteur Madilu System, de son vrai nom Jean de Dieu Bialu Madilu Kaba, qui nous a quittés il y’a cinq ans. De nombreuses personnalités du monde artistique, socio-culturel et politique ont répondu à cette invitation. Face à la rédaction de Radio Vexin Val de Seine, Le chanteur Danos Canta Nyboma, qui faisait partie de la délégation de France présente à cette commémoration, a évoqué le déroulement de cette journée du souvenir et la mémoire de son « ami et frère », Madilu System.

Vous faisiez partie de la délégation de France qui s’est rendue l’été dernier à Kinshasa pour participer à la cérémonie des 5 ans de la mort de Madilu System. Comment cela s’est-il passé ?

Ça s’est très bien passé. Je remercie ici les organisateurs de m’avoir permis d’y participer : le grand mécène, Vincent Gomez, et le ministre provincial de la ville de Kinshasa, Godard Motemona. Tout a commencé par une messe de suffrage à la cathédrale Notre-Dame de Lingwala. Après la messe, nous nous sommes rendus au cimetière de la Gombe où repose à jamais Madilu pour la cérémonie de dépôt de gerbes de fleurs sur sa tombe. Là, une petite prière a été dite par l’abbé Yves Koko. Puis, nous avons rendu visite à la mère de Madilu, chez elle, à Matete. Pour clôturer la cérémonie, une soirée dinatoire a été organisée au Night-club « Extrême » dans la commune de la Gombe où le public a dansé au rythme emballant de « Bana System ».

Quelles personnes étaient présentes à cette cérémonie ?

Il y’avait les membres de la famille Madilu : sa mère, ses deux sœurs, dont Mado, la veuve Madilu Biya accompagnée de sa fille Magalie. Du côté des artistes musiciens, étaient présents : Lutumba Simaro et l’ensemble des musiciens de son orchestre « Bana Ok », Verckys Kiamuangana, Mbilia Bel, Jeannot Bombenga, Papa Wemba, Manda Chante, Adolphe Dominguez, Stino, Alain Mpela, Gode Lofombo, Ferre Gola, Fally Ipupa, Souzy Kaseya, Dakumuda et Lambio-Lambio. Parmi les officiels congolais, on a noté évidemment la présence du ministre provincial de la ville de Kinshasa, Godard Motemona, du premier vice-président du Sénat, Edouard Mokolo wa Pombo, mais également des députés nationaux, Jean-Claude Vuemba et Modizo, ainsi que quelques ministres et députés de la République du Congo-Brazzaville.

Comment expliquez-vous l’absence des autres artistes musiciens tels Jossart Nyoka Longo, J.B. Mpiana, Werrason, Koffi Olomide et Félix Wazekwa ?

Je ne veux pas commenter l’absence des autres artistes musiciens à cette cérémonie. Je constate simplement que les artistes musiciens congolais ne s’aiment pas. Ce n’était pas une question d’argent, et on n’a rien demandé à personne. Nous étions tous là pour rendre hommage à un ami, à un frère, à un des nôtres. Néanmoins, une nuance : Contrairement aux artistes musiciens congolais du pays, surtout les plus en vue, qui ont érigé l’individualisme en norme, nous autres de la diaspora avons encore le courage de nous voir fréquemment. Je demande humblement à mes collègues du pays de nous emboiter le pas.

Il semblerait que Vincent Gomez, ami et mécène de Madilu System, vient de doter le groupe « Royaume System », rebaptisé « Bana System », d’un équipement de musique pour ses productions. Pouvez-vous confirmer ou infirmer cette information ?

Je vous confirme que Maître Vincent Gomez a offert un équipement musical pimpant neuf à l’orchestre « Bana System ». Et avant de regagner Brazzaville, il a également acheté à Lutumba Simaro quelques instruments de musique qui manquaient à son orchestre « Bana Ok ». C’est vraiment un grand cadeau qu’il a fait à notre grand frère. Et je suis content pour lui.

Les musiciens de l’orchestre « Bana System » sont donc à la charge de Maître Vincent Gomez ?

Non. Cet équipement est simplement un don que Maître Vincent Gomez à offert à l’orchestre « Bana System » pour ses productions et lui permettre de se faire une place sur l’échiquier musical congolais. C’est une promesse qu’il avait faite à Madilu. Malheureusement, le destin en a décidé autrement. Malgré l’absence de Madilu, il a tenu son engagement. Et ayant réuni les musiciens- en notre présence, Seck Bidens et moi-même – il leur dit : « Ces instruments de musique n’appartiennent à personne, encore moins à la famille. Ils vous sont donnés en l’honneur de Madilu Système. Maintenant, je vous demande de travailler pour que le nom de Madilu ne disparaisse pas. »

Qui était Madilu System pour vous ?

Pour moi, Madilu était à la fois un frère et un ami. Au fil des années, nous avons tissé de vrais liens qui nous tenaient énormément à cœur. Nous avons beaucoup travaillé ensemble ; nous avons écrit de très belles chansons que le temps ne peut faire oublier. De véritables tubes.

Quel souvenir gardez-vous de lui ?

Le côté amuseur qui le caractérisait : Madilu était un humoriste hors pair, un comédien ; c’était quelqu’un qui savait créer une ambiance électrique et faire rire son monde. Un artiste complet. Madilu savait partager sa joie. Et plus particulièrement, la joie de travailler ensemble à la réalisation d’une œuvre commune. Dans un studio d’enregistrement ou au cours des tournées, l’ambiance était toujours très sympathique et bon enfant. Par contre, le mauvais souvenir que je garde de lui, et il le savait, c’est le lapin qu’il nous avait posé le jour où il devrait intégrer notre orchestre « Lipua-Lipua ». Ce soir-là, nous devions agrémenter une fête de mariage. Je ne sais pas quelle mouche a piqué Madilu d’embarquer dans l’avion qui conduisait l’orchestre « Bakuba Mayopi » au Gabon ! Pourtant, il était bel et bien au courant de notre programme, et était grandement attendu. Non, vraiment, cette histoire ne m’avait pas plût !

Peut-on dire aujourd’hui que la rumba congolaise est orpheline de celui qui a su la faire renaître ?

On ne peut pas dire que la rumba congolaise est orpheline, car nous savons tous faire de la rumba. Il est vrai que la voix d’un grand chanteur de la trempe de Madilu manque aujourd’hui à la musique congolaise. Nous sommes donc orphelins d’un grand chanteur comme nous le sommes de Pépé Kallé, de Luambo Makiadi Franco… Mais la rumba congolaise est toujours là.

Lequel des artistes musiciens congolais qui incarnent le mieux la rumba aujourd’hui, selon vous ?

Personnellement, je dirai que le grand frère Lutumba Simaro, le poète, est celui qui incarne le mieux la rumba congolaise aujourd’hui. Mais il y’a également Ferre Gola qui fait de la bonne rumba et le talent de Koffi Olomide, qui fait aussi de la rumba, ne laisse personne indifférent.

De nombreux tubes auréolent le cheminement musical de Madilu System. Lequel fredonnez-vous le plus ?

J’aime toutes les chansons de Madilu. N’oubliez pas que la plupart de ces chansons, nous les avons réalisées ensemble. Elles sont toutes mes bébés. Je ne peux donc choisir entre l’une ou l’autre. (Danos Canta Nyboma fredonne la chanson Biya produite par l’actuel vice-président du Sénat, Edouard Mokolo Wa Pombo. NDLR)

Madilu System, ce grand chanteur, vous manque-t-il ?

Madilu System et Pépé Kallé me manquent énormément. Je suis orphelin de ces deux grands chanteurs congolais.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

Le Potentiel

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