Eyenga Moseka Lucie alias Lucie Eyenga 1934 – 1987

Chanteuse Auteur-compositeur interprète (Congo RDC)

Lucie EyengaUne place à part doit lui être réservée. Sa grande souplesse d’exécution et la pureté de timbre absolue de sa voix ont permis de la considérer comme une des plus grandes chanteuses de l’histoire de la musique congolaise, sinon la plus célèbre des années 50 et 60.

Ses origines et débuts de carrière

Née en 1934 à Bandaka, alors Coquelathville – Congo Belge – elle était prédestinée à devenir chanteuse ; car issue d’une famille de l’ethnie « Mongo » trempée dans les rythmes « Zebola », « Odemba », et le bonheur de chanter et de danser.

C’est plus tard en 1954 qu’elle fut découverte à Léopoldville (Kinshasa) par le virtuose guitariste « hawaïen », Zacharie ELENGA « Jhimmy », qui à l’époque se faisait accompagner par TSHILUMBA WA BALOJI « Tino Baroza », son élève. Ils vont l’enrôler au sein des éditions « Opika » qui manquait de chanteuse de pointe, contrairement aux éditions « Loningisa » qui à cette époque brillaient de mille feux avec la tendre chanteuse de romances, Marie KITOTO qu’accompagnait le guitariste Henri BOWANE, et qui est surtout connue pour ses deux légendaires chansons « Yo kolo ye kele » – « Ya bissu se malembe » parues en Septembre 1951.

Une chanteuse à la voix d’or

Lucie EYENGA va vite s’affirmer plus que jamais comme la chanteuse originale, expressive, la plus accomplie, comme personne, ou presque qui sait improviser comme un grand instrumentiste et qui donne avec une spontanéité particulière, le poids qu’il faut à chaque expression.

Elle fait l’admiration du grand chanteur Joseph KABASELLE, et des meilleurs arrangeurs et instrumentistes des éditions OPIKA , qui l’adoptent avec beaucoup de bonheur. On évoque immédiatement à son propos la facilité de composer des chansons de bonne qualité accessibles au grand public, où l’accent est mis sur ses harmonies vocales.

Le succès

C’est en 1954 qu’elle acquiert une renommée bien méritée, grâce à sa toute première chanson sur disque « Bolingo ya la Joie » dédiée à l’association féminine kinoise, « La Joie ». Elle est accompagnée par les guitaristes BALOJI « Tino Baroza », Charles MWAMBA « Dechaud », le bassiste Albert TAUMANI et le saxophoniste Isaac MUSEKIWA. De cette chanson, naquit vraiment la véritable Lucie EYENGA authentique de l’African Jazz, impressionnante de force, de rudesse et de conviction. Aucune autre chanteuse ne va l’égaler.

Lucie Eyenga et l’African Jazz (1953)

Outre l’orchestre AFRICAN JAZZ, où elle a acquit entre 1954 – 1956 sa plus grande réputation nationale et internationale, le meilleur de son œuvre on le trouve dans l’orchestre ROCK-A-MAMBO entre 1957– 1958, où son apport fut énorme, notamment à travers ses grands succès comme « Brigitte », « Mabe na yo moko », « Dit moninga », « Nasepeli mingi », « Zozo moke », etc. qui ont fait d’elle l’une des chanteuses les plus douées de sa génération, l’une des seules à ne pas s’enliser dans les concessions à la mode à cette époque.

La fermeture des Editions ESENGO en 1960 suivie de l’éclatement du ROCK-A-MAMBO en 1961, démarre progressivement l’interruption de sa carrière professionnelle. Mais pas pour toujours, car trois ans après, Lucie EYENGA réapparaît à Brazzaville en 1962 dans l’orchestre NEGRO BAND. Elle enregistre avec ce groupe deux superbes chansons « Adoula » et « Georgette » qui lui font renaître. Par la même occasion, elle rehausse de plus belle, la cote de l’orchestre NEGRO BAND.

En 1973, Lucie EYENGA est retenue pour faire partie du groupe mémorable « BAKOLO MIZIKI » composé des grands noms de la musique congolaise des années 50, autour d’une « Anthologie de la musique zaïroise » (congolaise) recommandée par la présidence de la république du Zaïre (D.Congo). Elle forge, sous la direction artistique d’Antoine NEDULE « Papa Noël », un répertoire comprenant ses grands succès aux éditions OPIKA, absolument merveilleux.

Aussitôt après, elle décroche une fois de plus, pour refaire surface en 1983 dans l’AFRICAN FIESTA SUKISA du Dr Nico KASANDA, avant de se lier en 1984 à sa cadette Abeti MASIKINI. Deux voix d’or qui s’unissent autour de deux albums réalisés à l’IAD (Industrie Africaine du disque) à Brazzaville, pour une réédition des morceaux de la grande période de gloire de Lucie EYENGA dans l’African Jazz de Joseph KABASELLE et le Rock-a-Mambo de Nino MALAPET (1954-1959).

Lorsque cette immense chanteuse s’est éteinte le 12 Décembre 1987 à Kinshasa, à l’âge de 53 ans, c’est toute la musique congolaise qui a perdu sa plus grande voix féminine, et sa figure, plusieurs années après sa mort, est demeurée présente aussi bien auprès du public que des musiciens.

Clément OSSINONDE


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Commentaires (4)

  • Je suis né en 1963. Je suis de nationalité Ivoirienne. La musique congolaise a très longtemps été en vogue dans mon pays mais je n’ai pas eu l’occasion de connaitre les précurseurs de la musique congolaise. C’est seulement en 1990 juste après la mort de M’pongo Love que j’ai commencé à véritablement chercher dans le passé culturel congolais qui affiche tout une longue liste de grands artistes. Je regrette de n’avoir pas connu ces talentueux artistes qui sont tous décédés. Lucie Eyenga était une des leurs. Sa voix lui était spécifique et je pense à son époque, à tout ceux qui étaient emportés par sa voix suave. Belle époque. Lucie Eyenga a été celle qui a contaminée tout une lignée des femmes de la musique congolaise. Elle reste immortelle car le talent ne meurt jamais. Que Dieu prenne pitié de toi maman Lucie.

  • en termes de mélodie, de celles qui vous vont fermer les yeux comme mieux apprécier un goût, “nabanzaki” avec la voix si limpidement féminine de lucie eyenga, n’est pas en reste avec les grands tubes internationaux comme “when a man loves a man” (percy sledge)

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