François Ngombe-Baseko alias Maître Taureau 1923 – 2016

Artiste, auteur compositeur, mécène, organisateur des activités culturelles (Congo RDC)

François Ngombe-Baseko alias Maître Taureau 1923 - 2016

François Ngombe-Baseko alias Maître Taureau 1923 – 2016 – © Copyright Univers Rumba Congolaise

Une grande figure du monde culturel congolais a tiré sa révérence.

Maître Taureau était l’un des rares survivants à avoir marqué de leur empreinte indélébile l’espace culturel congolais. D’acteur en mécène, il était sur tous les tableaux.

Né vers 1923 à Bolobo dans l’ex province de Bandundu, François NGOMBE BASEKO a quitté très jeune sa province natale pour se lancer à la recherche de la vie à Léopoldville, actuellement Kinshasa. L’une de ses plus grandes qualités était le courage et l’audace. Il était un vrai modèle de self-made-man et à ce sujet, il se plaisait à clamer tout haut qu’il avait façonné sa vie sans maître en taillant son chemin dans le roc.

 

Parcours scolaire

Son parcours scolaire est de plus folklorique qui soit. En effet, à 14 ans il alla lui-même se faire inscrire à l’école maternelle jadis appelée zéro année. Il n’y resta, du reste, que trois mois avant d’être orienté vers l’école primaire chez les pères jésuites de l’école Saint Joseph actuellement collège Elikya. Il y passa avec courage et persévérance ses cinq années d’études primaires. Faute de soutien, il finit par céder à la pression du coût de la vie et à abandonner les études au profit de la vie active. Ayant déserté l’école sans crier gare, Père de la Kethulle qui du reste l’aimait beaucoup, a mis deux années à le chercher pour lui remettre enfin son brevet en 1941.

Son passage à l’école primaire Saint Joseph lui permit de s’attirer la sympathie de Père Raphaël de la Kethulle. Ce dernier était réputé pour son mécénat dans l’encadrement de la jeunesse. Dans ce cadre, le jeune François a été repéré pour son talent de footballeur. Il a été parmi les premiers joueurs recrutés pour faire partie de l’équipe originelle de Daring Club Motema Pembe (DCMP) créée par ce prêtre. En 1938, l’équipe réussit à remporter la coupe Saint Benjamin qui avait couronné le tournoi interscolaire de Léopoldville. Même après avoir quitté l’école, Père de la Kethulle, affectueusement appelé « Tata Raphaël » faisait souvent appel à lui pour jouer dans l’équipe et le jeune François NGOMBE répondait toujours à ces appels à la grande satisfaction de tous. Raison pour laquelle, il ne s’est jamais séparé de cette équipe au point d’en être l’un des co-fondateurs dans sa forme actuelle.

 

Self-made-man hors pair

Pour survivre, l’homme a mis à contribution tous ses talents naturels. Il s’était lancé dans l’apprentissage de tout ce qui pouvait lui procurer les moyens de subsistance. Ainsi, il a été tour à tour coiffeur, Huissier chez « DAMSEAUX », mécanicien, relieur des journaux chez « COURRIER D’AFRIQUE », pointeur chez « OTRACO » et enfin dactylographe.

De par sa pugnacité et son ardent désir de réussir, il s’était lancé dans le métier de dactylographe qui, jadis, était réservé aux seuls intellectuels détenteurs d’un diplôme. Le courage et la volonté lui ont permis selon ses propres dires de dominer la machine à écrire, d’en être devenu si habile que les gens venaient de la cité pour le voir à l’œuvre. Adopté par les blancs pour sa dextérité, il a été l’un des trois congolais à pouvoir travailler dans l’un des plus beaux magasins de Léopoldville (Kinshasa) à l’époque. Il y travailla de 1949 à 1965.

Pendant cette période, il eut l’aubaine de faire la connaissance, selon son témoignage, d’un jeune journaliste en chômage poli et intelligent qui venait de quitter la Force Publique (armée coloniale) et qui cherchait un emploi et une maison. En 1956, Maître Taureau lui trouva une maison au quartier Yolo à Kapela dans la commune de Kalamu et un travail au journal « L’AVENIR ». Ils se sont liés au point qu’en 1957, Maître Taureau emmena son protégé avec lui en bateau lorsqu’il organisa une excursion à son Bolobo natal.

Grande avait été la surprise de François NGOMBE BASEKO d’apprendre le 24 novembre 1965 que le pouvoir suprême du pays était entre les mains de Joseph Désiré MOBUTU, ce journaliste qu’il avait protégé et encadré. A partir de là s’ouvriront pour lui toutes les portes.

 

Artiste, Compositeur et Grand promoteur d’activités culturelles

Fin danseur sans avoir été dans une école d’apprentissage, il créa en 1945 la première école de danse moderne. Sur le plan musical, Maître Taureau affirmait que c’était lui qui avait encouragé le patriarche Wendo Kolosoy à se lancer sur la scène musicale au lieu de se réduire à chanter dans les bateaux pour les voyageurs. Grâce à ses conseils, le monde a découvert le talent de Wendo. Il ne s’est pas seulement contenté de jouer le rôle de mentor pour ce dernier. En effet après le passage de Wendo à Brazzaville où il fit quelques productions avec l’orchestre VICTORIA BRAZZA de Paul KAMBA, Maître Taureau l’a attiré et ensemble ils ont monté le groupe VICTORIA KIN. Les prestations de ce groupe ont fait tache d’huile. Compositeur talentueux, l’artiste NGOMBE BASEKO s’est illustré avec des chansons de grande valeur qui ont fait le bonheur des mélomanes. L’un de ses tubes le plus prisés était Albertine mokonzi ya bar.

Doté d’un sens de conception et d’organisation inné, Maître NGOMBE est le fondateur des orchestres célèbres comme Continental qui nous a fait découvrir des grosses pointures comme Josky KIAMBUKUTA, WUTA MAYI, Bopol MANSIAMINA… et l’orchestre Emancipation, le premier orchestre féminin congolais qui a fait la pluie et le beau temps. Il était aussi, en son temps, le seul à organiser des activités culturelles au parc de Boeck (Jardin botanique de Kinshasa) avec des prestations de divers groupes folkloriques et des orchestres modernes comme African Jazz de Grand KALLE, African fiesta de Docteur Nico KASANDA, Afriza de TABU LEY, OK JAZZ de Franco LUAMBO…

Ses relations personnelles avec le Président MOBUTU lui ont permis de bien asseoir ses activités dans la promotion culturelle. Il créa la toute première association des groupes folkloriques dénommée l’Union Nationale des Folklores Congolais (UNAFOCO). Avec des troupes de danses, il fit le tour du monde : USA, Suisse, Japon, Iran, les deux Corée, Maroc… Il a beaucoup œuvré dans la promotion de la musique folklorique en république démocratique du Congo dont il a été l’initiateur de plusieurs concours et festivals.

Maître NGOMBE n’était pas seulement attiré par la musique et la danse. Il s’était aussi illustré dans l’organisation de concours de beauté. Déjà en 1947, au cours des soirées culturelles qu’il organisait au Parc de Boek, il apprenait aux femmes comment marcher et comment porter le pagne.

Étant parmi les rares congolais de l’époque à être initié aux critères de sélection internationale de la plus belle fille, il organisa en 1968 le premier concours miss et emmena pour la première fois la miss Congo à l’élection miss univers en 1969 aux USA avant d’aller ensuite en Corée du Sud, au Japon et en Grande Bretagne.

En tant qu’artiste et opérateur culturel, il a été élevé au rang de Commandeur de l’Ordre National des héros nationaux Lumumba-Kabila en 2015 pour l’ensemble de son œuvre grandiose en faveur de la culture congolaise. Cette distinction, la plus haute dans la hiérarchie des ordres nationaux, est la preuve de la reconnaissance de la qualité du travail abattu du vivant de cet homme aux activités multidimensionnelles.

 

Un modèle d’abnégation et de travail

L’héritage laissé par Maître Taureau est immense. Sur le plan sportif, nous citerons d’emblée le DCMP Motema pembe. Sur le plan culturel, son apport est inestimable. Le monde retiendra de lui que c’était un homme honnête, persévérant, audacieux, ambitieux et travailleur qui aimait ce qu’il faisait. Il prenait plaisir à jouir du fruit de la sueur de son front et combattait l’oisiveté. Ce qu’il a été et ce qu’il avait étaient le fruit de sa volonté et de son tempérament de gagneur, d’où son surnom Maître Taureau.

 

Adieu Maître Taureau

Après quatre-vingt-quatorze ans passés pratiquement au service de la culture congolaise, Maître Taureau a tiré sa révérence au matin du 16 mai 2016 à 00 heure 10 minutes de suite d’une courte maladie. Avec sa mort disparaît toute une bibliothèque de l’histoire culturelle de la république démocratique du Congo et d’une grande partie de l’histoire culturelle de la ville de Kinshasa.

Jean Claude Engbondu Lema
Correspondant Univers Rumba Congolaise au Congo RDC
© Copyright Univers Rumba Congolaise

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1 réponse

  1. Buafomo Boyikasse dit :

    Toutes mes félicitations. J’ai rarement vu un hommage de cette qualité, alliant information , précision et critique. Comme Traducteur Interprète juré du lingala-français à Bruxelles j’ai toujours apprécié la pureté littéraire de ses écrits. C’est sans aucun doute l’un des plus grands écrivains du lingala. Merci beaucoup.

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